
Attesté pour la première fois en 847,
le bois de Vincennes est devenu, au moins partiellement, une
forêt royale un peu avant 1037. Une première résidence
royale, sans doute, existe dès la fin du règne de Louis VII
(aux environs de 1170-1180), vraisemblablement sur le site
de l’actuel château. Sous Philippe-Auguste (1180-1223)*,
Vincennes devient l’une des résidences de la cour d’Île-de-France
et un centre de gouvernement.
Du règne de Louis IX (1226-1270) à
celui de Philippe VI (1328-1350), le manoir prend une place
de plus en plus importante dans la vie de la monarchie.
Plusieurs souverains y meurent, s’y marient, y naissent
entre 1338 et 1340.
La guerre
de Cent Ans (1337-1453) entraîne une modification de la nature
des bâtiments : Jean II le Bon (1350-1364), pour faire
face aux multiples dangers qui menacent alors la monarchie
(Jacquerie et Étienne Marcel), fait entreprendre en 1361 un
énorme donjon achevé en 1369 sous le règne de son fils Charles
V le Sage (1364-1380). Celui-ci renforce la vocation militaire
du château en protégeant toutes les constructions antérieures
par une vaste enceinte de 378 m sur 175 m. L’essentiel
de cette structure existe encore aujourd’hui.
En 1379, Charles V ordonne la construction
d’une Sainte-Chapelle qui ne sera achevée que sous le
règne de Henri II, au milieu du XVIe siècle. Son style, la
qualité de son architecture, sa taille en font l’un
des plus beaux édifices religieux de la fin du Moyen Âge.
Pendant trente ans, à partir de 1365, ce nouveau château de
Vincennes va être l’une des principales résidences de
Charles V et de son fils Charles VI (1380-1422). Puis la guerre
de Cent Ans et ses suites vont éloigner la royauté de Vincennes.
Ce n’est qu’avec le règne
de Louis XI (1461-1483) que les souverains reviennent à Vincennes.
Le changement des goûts architecturaux se manifeste ici par
la construction, peut-être dès 1470-1475 d’un pavillon
de plain-pied au sud-ouest de l’enceinte de Charles
V, reconstruit par Marie de Médicis. Un demi-siècle plus tard,
cette construction sera remplacée par l’actuel pavillon
du roi édifié pour Louis XIV par l’architecte Le Vau
de 1654 à 1658, qui construira ensuite de 1658 à 1660, l’actuel
pavillon de la reine.
Avec le départ de Louis XIV et de sa
cour à Versailles en 1762, le château connaîtra diverses affectations.
Il abritera les débuts de l’École militaire (1753-1756),
une fabrique de porcelaine (1740-1756), des ateliers produisant
des armes... Le donjon devenu prison reçoit des personnages
célèbres comme Mirabeau, Sade, Diderot. En 1796, le Directoire
y transfère l’arsenal de Paris : c’est le début
de l’implantation militaire dans le château qui, en
donnant une fonction à l’édifice, en assurera la sauvegarde.
En 1804, Bonaparte, afin
d’enlever tout espoir de restauration aux Bourbons,
fait enlever le duc d’Enghien (dernier héritier des
Condés). Il sera fusillé dans les fossés du château.
Dès 1831, on construit les premières
casemates contre l’enceinte médiévale avant qu’une
loi, votée en 1840 et décidant la fortification de Paris,
ne transforme les lieux en un fort de seconde ligne défendant
la capitale. En 1939-1940, le château abrite le poste de commandement
de l’état-major des armées, avant que les troupes allemandes
ne l’occupent.
En 1948, le service historique
de l’armée de terre s’installe dans le château,
suivi par la marine et l’air, ce qui fait aujourd’hui
de Vincennes le troisième lieu de mémoire en France après
les Archives nationales et la Bibliothèque nationale.
Vincennes est un lieu exceptionnel à plus d'’un titre
: mis à part le Louvre, il n’existe aucun château en
France ayant une aussi longue existence au cœur de l’histoire
nationale.
* Les dates indiquées correspondent aux dates de règne.